« Arrête de parler franglais ! »

Quand j’étais enfant, ma tante m’avait offert un mini-dictionnaire Harrap’s. Elle l’ignorait peut-être, mais ce petit livre contenait une section dédiée aux gros mots. C’est ainsi que dès l’âge de huit ans, je fis la découverte de quelques expressions familières et surtout de nombreuses nuances de fucks. Merci tatie !

Non, vraiment. Merci. En plus d’enrichir mon vocabulaire d’injures qui deviendraient utiles à l’adolescence, ce fut pour moi le début d’une grande histoire d’amour avec la langue de Shakespeare.

Ma curiosité attisée, les occasions d’apprendre ne manquèrent pas en grandissant. Les paroles de chansons constituèrent pour moi une bonne première approche. Mais les lyrics laissèrent vite place à mon vrai amour de jeunesse : les jeux-vidéos.

Sur les jeux en ligne, les anglicismes étaient courants et de nombreuses expressions n’étaient jamais traduites. En même temps, pourquoi s’embêter ? Vous me suivriez toujours si je vous disais que je feed 50% de mes match-ups en top lane, non ?

Non ?

Enfin, bref. L’intérêt pour l’informatique qui me vint plus tard n'arrangerait rien. Dans ce domaine aussi, le franglais était omniprésent. Fast-forward une décennie plus tard : un diplôme de Software Engineering en poche et un job dans l’e-sport me rendraient incapable de faire une phrase entièrement en français.

« Tu penses que tu ne pouvais pas dire ça en français ? »

L’usage répété de mots ou expressions anglaises me valurent quelques moqueries. Parfois même, certains crurent que c’était pour moi une manière de me la raconter — they were right. Même lorsque j’écrivais pour O’Gaming (média dédié à l’e-sport et qui demeurait donc très tolérant), mon rédacteur-en-chef désespérait devant le nombre de mots non traduits ! C’était gênant.

Jusqu’à maintenant, j’avais toujours défendu la cause des termes techniques et formulations qui perdaient de leur sens à la traduction. Mais je pense aujourd’hui qu’en réalité, l’utilisation d’expressions anglaises relève majoritairement de la paresse.

M’étant récemment remis à écrire pour affiner ma plume et clarifier mes idées, continuer sur cette voie serait pour moi contre-productif. Ainsi, je pense être enfin dans une bonne dynamique pour arrêter mon utilisation abusive des anglicismes et du franglais.

LOL, jk.

PS : Je consomme majoritairement du contenu en anglais et dans mon métier, je n’écris ou parle que très rarement le français. Depuis maintenant six jours que je me suis livré le défi d’écrire une fois par jour, l’anglais m’est toujours venu plus naturellement que ma langue natale. Ce n’est pas une mauvaise chose, mais je déplore un peu mon manque d’aisance avec ma propre langue — et ce n’est pas comme si j’étais devenu un auteur hors pair en anglais ! J’ai un peu l’impression d’avoir perdu au change.

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